Psychologie du crime : savoir parler au public lors des actions

Actions Spécisme et droits des animauxPublished juin 9, 2010 at 21 h 56 min 1 Comment

Quelques pistes pour mieux comprendre le public lors des actions contre le spécisme. Vos commentaires sont les bienvenus (j’ai mis les miens à la fin) !

Ce qui suit, ce sont des extraits du livret « Psychologie du crime de l’exploitation animale ».
Reconnaître la nécessité de mettre fin à une tradition criminelle c’est reconnaître son caractère criminel. La façon la plus répandue de dissimuler les crimes traditionnels est donc de ne pas reconnaître qu’il s’agit de crimes en continuant à les pratiquer afin qu’ils gardent leur aspect banal et anodin. C’est ainsi que pour éviter la culpabilité qui accompagne la prise de conscience des crimes, beaucoup de crimes sont répétés.

Les militants de la libération animale qui tentent d’amener à la conscience du public l’horreur des traitements infligés aux animaux sont souvent confrontés à ce problème sans le savoir. Beaucoup d’entre eux pensent qu’une simple information du public sur les atrocités subies par les animaux pour le confort humain devrait suffire à conduire ces atrocités à leur terme. C’est mal comprendre que l’émergence d’un sentiment de culpabilité dans le public ne peut qu’appeler des mécanismes psychologiques de défense contre cette culpabilité, au premier rang desquels celui de poursuivre ces atrocités afin de leur conserver l’apparence de la normalité.

- Perpétuer le crime pour justifier le crime.

La seule façon de voir ces crimes diminuer vraiment est d’offrir une issue psychologique au sentiment de culpabilité qui les accompagne. Cette issue ne pourrait venir que de l’empathie — le fait d’éprouver ce que l’autre éprouve — des militants envers le public. Si les militants montrent qu’ils ont déjà éprouvé cette même culpabilité, ils quitteront leur position de juges accusateurs. Ils descendront de leur piédestal symbolique et se présenteront au public au même niveau que lui, en anciens malfaiteurs. Alors ils pourront espérer être entendus.

- Maltraiter ses enfants pour justifier ses parents

Renoncer à la viande et aux autres produits animaux parce que l’on a pris conscience de la souffrance que cette exploitation induisait dans le monde animal, c’est s’accuser de toute la souffrance que l’on a infligée aux animaux jusqu’au moment de cette décision. C’est également accuser ses parents, l’éducation qu’ils nous ont donnée et éventuellement celle que nous avons nous-même donnée à nos enfants. Pour n’accuser personne et dissimuler qu’il s’agit d’un crime, la solution choisie est donc souvent de ne rien changer aux comportements d’exploitation animale.

- Il n’y a pas d’exploitation animale sans sadisme

Un bourreau se considère en effet forcément comme un être abject s’il tue des innocents. S’il ne renonce pas au crime, la seule issue psychologique qui s’offre à lui est donc de considérer que l’être abject n’est pas lui mais sa victime. Son jeu consistera alors à dégrader l’image de cette victime, notamment en la torturant. [Par conséquent], aucune législation ne suffira à mettre un terme aux mauvais traitements, à moins bien sûr qu’elle n’interdise purement et simplement toute exploitation animale.

- Reconnaître la souffrance animale, c’est accepter sa propre animalité

L’animal sacrifié à la grandeur humaine
C’est célébrer la transcendance humaine par le sacrifice animal.

La souffrance ignore la frontière humain-animal
Mais accepter d’ouvrir les yeux sur cette souffrance, c’est déjà accepter de porter sur le monde animal un regard du même ordre que celui que nous portons sur le monde humain.

- Humanisme et solidarité

Les militants du mouvement de libération animale s’entendent souvent répondre qu’étendre ce respect aux animaux saboterait l’humanisme. Paul Ariès par exemple, qui défend cette idée, n’explique pourtant pas vraiment en quoi l’absence de droit des animaux, c’est-à-dire leur massacre, augmenterait le respect entre humains. Le respect des uns peut-il réellement se fonder sur le massacre des autres ? Cultiver le sens du respect c’est pourtant cultiver un état d’esprit qui ne peut que bénéficier à tous. Cultiver le différentialisme entre ceux qui ont des droits et ceux qui n’en ont pas c’est au contraire militer pour une société excluante.

La tendance génocidaire de l’humanité
Au cours de tous les génocides le mépris appliqué aux animaux est transposé aux victimes humaines qui sont animalisées avant d’être massacrées. Si de tels crimes sont possibles, c’est évidemment parce qu’une frontière absurde existe entre ceux qui ont des droits et ceux qui n’en ont pas.

La mentalité conduisant à considérer que l’hostilité envers les étrangers renforce la solidarité au sein du clan est donc potentiellement celle d’une humanité en guerre. Les défenseurs de l’humanisme comme Paul Ariès qui estiment que refuser tout droit aux animaux renforce la solidarité entre humains font fausse route en cultivant sans y prendre garde une mentalité potentiellement guerrière, qui au contraire de renforcer la solidarité entre humains exacerbe l’hostilité envers les étrangers.

Jamais aucun génocide ne fut fondé sur autre chose que sur cette frontière arbitraire et absurde entre « nous » et « les autres ».
« Il nous faut apprendre à vivre tous ensemble comme des frères, ou bien nous périrons tous ensemble comme des imbéciles. »

Évoluer d’une société excluante vers une société égalitaire c’est accuser de graves forfaits ses parents et grands-parents, c’est accuser l’éducation qu’ils nous ont donnée et à laquelle nous avons cru, et c’est parfois accuser celle que nous avons donnée à nos enfants. De puissantes résistances psychologiques s’opposent donc inévitablement à l’idée d’une société égalitaire. Les motivations de ces résistances sont passionnelles, c’est pourquoi il serait vain comme nous l’avons vu d’y chercher quelque rationalité.

En guise de conclusion
La véritable empathie repose davantage sur l’écoute attentive de l’autre que sur la fausse certitude de savoir ce qu’il ressent.

***

Commentaires perso :

L’auteur finit en commentant quelques actions. Les actions types repas, marche nu-e-s et veggie pride sont perçues comme positives. Les actions type « sang des bêtes » comme négatives, car cupabilisantes.

Je serais plus nuancée :
- les repas peuvent être de bonnes choses, à condition d’avoir un objectif clair (prise de contact pour de futures actions, montrer que la nourriture végétalienne est bonne, donner une image conviviale des droits des animaux, etc.) et un message clair lors du repas (tracts, affiches, etc.)

- la veggie pride : le fait de se revendiquer végétarien-ne-s pour les animaux, même en chantant, suscite des réactions négatives lors d’un si grand rassemblement. Notre simple existence est alors un problème pour les non-vg, et un ami non-vg a été choqué lors d’une veggie pride d’entendre des insultes (fachos, etc.) envers les manifestant-e-s.

- les actions « sang des bêtes » : ce sont des actions culpabilisantes et c’est le but. Car s’il faut évidemment penser à la psychologie du public, il faut aussi penser aux activistes. En effet, il faut se faire plaisir pour trouver l’énergie qui nous fera durer dans le militantisme. Et parfois cela fait du bien de « sortir » ce qu’on a tout au fond de nous, et cela peut-être de la colère. Je ne pense pas que ce genre d’action soit à faire trop souvent, mais ponctuellement elles font du bien, au moins aux activistes. Mais c’est sûr que la dialogue est moins facile lors de ces actions. Mais chacun-e ayant une sensibilité différente, nous ne pouvons pas ignorer qu’elle pourra susciter l’interrogation (au moins) chez des gens qui seraient passés sans rien voir près d’un stand.

- les marches nu-e-s : je n’ai pas assisté à ce genre d’action, donc je ne peux pas avoir un avis claire sur leur impact, mais je me demande si cette action est « lisible » pour le public. Est-ce qu’ils n’ont pas du mal à comprendre de quoi il s’agit ?

Les affiches, la mise en scène des stands : à Bordeaux, ACTA utilise des affiches « choquantes » et des affiches plus douces. Les affiches les plus « chocs » sont loin du stand. Près de la table de presse, il y a des affiches neutres. J’ai l’impression que ça fonctionne bien, car d’un côté les affiches les plus dures arrêtent les passants, suscitent leur curiosité, mais d’un autre elles peuvent repousser des personnes qui auraient eu envie de venir à notre stand. Les personnes que ces images choquent peuvent venir discuter sur le stand sans être « agressées » par ces images.

One Comments to “Psychologie du crime : savoir parler au public lors des actions”
  1. ceratops dit :

    J’ai trouvé le texte très intéressant. En particulier l’idée selon laquelle faire ouvrir les yeux aux gens sur les conditions d’élevage ne sera pas suffisant, à cause des mécanismes de protection pour chasser la culpabilité.

    Je n’ai pas été super convaincu par le passage sur l’émission de radio par contre, mais bon…

    Je pense aussi que les actions coup de poing (genre barquettes) ne sont pas forcément efficace… et qu’elles risquent braquer les personnes, les radicaliser dans l’autre sens.
    Même sur un stand sans affiches choc, la personne qui vient est surement déjà à moitié convaincue, ou à envie de l’être.

    L’approche qui explique comment nous aussi, avant, on mangeait de la viande (quand c’est le cas), est peut-être celle qui a le plus de potentiel. Mais elle nous remet face à notre propre culpabilité.

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